Vendredi 23 octobre 2009

Certains honoraires menacent l’accès aux soins  LA CROIX 19/10/09

PIERRE BIENVAULT    "Un protocole d’accord vient d’être conclu entre l’assurance-maladie, les syndicats médicaux et les mutuelles pour faire face au développement des dépassements tarifaires des médecins

Une solution va-t-elle enfin être trouvée pour faire face aux dépassements d’honoraires des médecins ? En tout cas, un « protocole d’accord » sur ce sujet sensible a été conclu jeudi soir entre l’assurance-maladie, les syndicats médicaux et les complémentaires santé (mutuelles et assurances). Les contours de ce protocole, qui vise à créer un nouvel espace tarifaire pour les médecins, restent toutefois encore flous. Et il est trop tôt pour dire s’il permettra de régler ce problème qui constitue un frein à l’accès aux soins.

Notre système de santé, basé sur une assurance-maladie universelle et financé par les cotisations sociales, est souvent cité comme le contre-exemple du système américain, fondé sur une logique d’assurances privées. Dans l’Hexagone, c’est un principe de solidarité redistributive qui prédomine, les actifs en bonne santé cotisant pour les personnes âgées ou malades. Cela permet par exemple aux 9 millions de Français atteints d’une maladie chronique d’être remboursés à 100 % pour des soins parfois très coûteux.

Pourtant, de l’avis de nombreux experts, le système montre certaines limites, notamment face aux dépassements d’honoraires qui, selon l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), se sont tellement étendus depuis dix ans qu’ils ont entraîné « un recul de la solidarité nationale ». En 2005, selon l’Igas, les Français auraient payé près de deux milliards d’euros en dépassements d’honoraires. Le problème est particulièrement aigu pour les 7 % de Français n’ayant pas les moyens de souscrire une assurance complémentaire santé. Selon une étude de l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Idres), 32 % des personnes non couvertes par une assurance complémentaire déclarent avoir renoncé à se soigner en 2006, en particulier pour des soins buccodentaires, d’optique ou des consultations avec dépassements.

« Les dépassements d’honoraires dans les cliniques incitent certains de nos concitoyens à renoncer aux soins, ce n’est pas acceptable », a affirmé, début juin, Nicolas Sarkozy, en s’opposant à toute dérive à l’américaine. « Je ne veux pas d’un système qui exclut de la couverture des frais de santé 15 % de la population. » Une deuxième charge est venue des parlementaires. En votant la loi sur l’hôpital, mi-juin, ils ont lancé un ultimatum à l’assurance-maladie et aux médecins : faute d’accord d’ici au 15 octobre, ils pourraient légiférer d’autorité sur le sujet.

Pour comprendre le protocole, tout juste conclu, rappelons qu’il existe deux catégories de médecins libéraux : ceux du secteur 1, tenus de respecter les tarifs de base de la « Sécu », et ceux du secteur 2 qui peuvent pratiquer des dépassements « avec tact et mesure ». L’accord repose sur la création d’un troisième secteur, dit « optionnel ». Destiné aux chirurgiens, anesthésistes et gynécologues obstétriciens, il impliquerait un engagement de modération tarifaire : le médecin en secteur optionnel serait tenu de pratiquer 30 % d’actes au tarif « Sécu ». Sur le reste de son activité, il pourrait faire des dépassements mais limités à 50 % de ce tarif de base.

L’objectif est, bien sûr, que des praticiens du secteur 2 rejoignent ce secteur optionnel. Pour les y inciter, une prise en charge d’une partie de leurs cotisations sociales leur serait proposée par l’assurance-maladie. De leur côté, les praticiens du secteur 1 n’auraient pas, à quelques exceptions près, accès au secteur optionnel."

Le nouveau dispositif est destiné aux chirurgiens, anesthésistes et gynécologues.

 

Par Jean-Paul BOULAND
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Samedi 17 octobre 2009

 

                RPC 49 – LE DEFICIT DE L’ASSURANCE MALADIE,

     MAUVAIS PRETEXTE POUR UNE PRIVATISATION ANNONCEE

                             Voir mon blog  http://economie-liger.over-blog.com

 

La question des déficits,de l'Etat et de la Sécurité Sociale et particulièrement de celui de la Sécurité Sociale, est au cœur des débats. Celui de l’Etat est énorme. Les gouvernements européens ont trouvé normal et même nécessaire de dépasser, «pour sortir de la crise », le déficit public (y compris le déficit de la S.S.) toléré, 3% du PIB, par le pacte de stabilité (Maastricht) liant les Etats membres de l’Union Européenne. Dans le même temps, la résorption du déficit de la Sécurité Sociale, et plus particulièrement de celui de l’Assurance Maladie, serait devenue une horreur justifiant la mise en place  rapide de dispositifs nouveaux fondés sur l’abandon du principe de Solidarité, pilier du système français. Pourquoi? J’ai voulu, dans RPC 49, apporter des éléments de compréhension et de discussion sur la question des déficits de l’Assurance Maladie et sur l’usage que les néo-libéraux en font, question que je traitai déjà, il y a plus de vingt ans, devant les étudiants du Centre National d’ Etudes de la Sécurité Sociale (CNESS) de Saint-Etienne. Le problème demeure même si le contexte a beaucoup évolué.

Reste qu'il convient de modérer le caractère dramatique du débat. Au début du mois d'octobre 2009, Jacques Sapir, économiste et Directeur d'Etudes à l'EHESS diffusait une étude intitulée « Benoit Hamon est-il idiot ?» de laquelle on peut tirer les informations suivantes: Tous les Etats  ont actuellement des dettes très importantes. Au sein de la zone euro, le taux moyen de la dette par rapport au PIB , estimée à fin 2009, serait  de 77,7%. La dette de la France serait de 75,2% de son PIB, classement plutôt honorable. Si on considère le taux d'endettement total  qui additionne, à fin 2010, la dette de l'Etat, celle des entreprises et celle des ménages, on prévoit que le taux d'endettement de la France serait de l'ordre de 200% du PIB, à peu près comme l'Allemagne, de 27% pour l'Espagne, de 260% pour la Grande Bretagne...La situation de la France n'est donc pas spécialement mauvaise. Pourquoi, dès lors, autant de bruit à propos de la dette de la Sécurité Sociale ?

Je me suis appuyé dans ce qui suit sur le rapport de la Cour des Comptes, préparé à partir des informations fournies par la Comptabilité Nationale et la DARESS (organisme d’études appartenant au ministère chargé de la Sécurité Sociale) pour l’année 2007, et présenté à la Commission des Comptes de la Sécurité Sociale le 29 septembre 2008. L’intérêt de ce rapport de 180 pages est considérable. Il montre notamment qu’il existe un écart entre une réalité tenace et les orientations nouvelles que les néo-libéraux voudraient imposer. Ce constat peut expliquer que Sarkozy emprunte simultanément deux voies, une voie légale, d'abord, médiatisant le déficit pour culpabiliser les assurés sociaux et leur faire accepter un accroissement des coûts mis à leur charge. Une voie parallèle ensuite. Il s’agit de préparer l’opinion, de discours en discours, à des mesures beaucoup plus radicales. Voir ses déclarations d’intention affichées à l’occasion de sa participation, le 4 juin 2009, au 39ième    anniversaire de la mutualité française. Elles sont moins médiatisées que les nouvelles franchises, par exemple. Mais elles annoncent clairement ce qui adviendra si les néo-libéraux conservent le pouvoir. Sarkozy devance toujours la loi.

Ce double jeu est d’autant plus efficace que le système est devenu très complexe Personne ne peut intuitivement mesurer l’impact de telle ou telle mesure nouvelle (augmentation du forfait hospitalier pour la partie payée par les assurés ou nouvelles franchises). Il s’agit de préparer l’opinion à de profonds changements face à une situation réputée insoutenable. Vous ne voulez tout de même pas laisser d’aussi considérables dettes à vos enfants! On peut parler d’intoxication. Par ailleurs, la question des objectifs de la Protection Sociale n’a jamais été reposée au pays depuis plus de soixante ans, depuis les ordonnances de 1946 et, plus tard, la politique de généralisation de la couverture sociale mise en œuvre par madame Veil. Depuis une bonne dizaine d’années, tout se passe comme si les objectifs étaient discrètement modifiés, notamment sous la pression des idéologues de la commission de Bruxelles, sans que cela ne fasse débat. Citoyens intoxiqués, la Sécurité Sociale dérive.

J’ai voulu, apporter quelques points de repères sur les déficits et leurs causes, sur les mécanismes de financement, ainsi qu’un éclairage sur les coûts restant à la charge des assurés dans quelques cas particuliers, simples. Puissent nos lecteurs y trouver des raisons de s’opposer, collectivement, à la destruction d’un système de Protection Sociale, nés des travaux d’un anglais, Lord Beveridge, dans les années 1930, et dont les principes ont été les fondements du projet élaboré par le Conseil National de la Résistance. La Solidarité entre salariés, groupes sociaux et tranches d’âge, était le premier de ces principes. Les libéraux considèrent aujourd’hui, à l’ère de la compétition généralisée et de l’individualisme exacerbé, que ce principe est un anachronisme. Jacques Généreux a longuement discuté de cette situation dans son livre intitulé « la Dissociété » aux éditions du Seuil, en 2006.

Le président Roosevelt voulait construire aux USA un système de ce type. Il a échoué. Le Président Obama a repris le projet et veut construire une assurance maladie qui serve, au moins, à la cinquantaine de millions d’américains qui n’ont, en 2009, aucune protection sociale. Souhaitons-lui bonne chance. Mais les conservateurs américains n’en veulent évidemment pas.

1-    Réflexions sur les déficits. 

11 – Quelques chiffres :

                     Le budget de l’Etat estimé à fin 2009. Les informations disponibles au ministère des finances indiquent que le budget de l’ Etat, du 31 juillet 2008 au 31 juillet 2009 a été de 215 Md€. On peut extrapoler une valeur au 31 décembre 2009, de l’ordre de 360 Md€.  Dans le plan pluriannuel arrêté par le gouvernement pour la période 2009-2011, le montant des dépenses 2009 était de 347Md€. Voir le site 

http://www.comptes-publics.gouv.fr/themes/finances_etat/budget/index.htm . 

           Le déficit du budget de l’Etat, Déficit de la Sécurité Sociale compris, estimé à fin 2009. Le déficit du budget de l’Etat, pour la période du 31 juillet 2007 au 31 juillet 2008, a été de 51 Md€. Un an plus tard, il était de 109 Md€. On peut extrapoler, au 31 décembre 2009, une valeur de 140 Md€, soit un peu plus de 8% du PIB, selon la déclaration à la presse de François Fillon le 26 septembre 2009. Monsieur Woerth, ministre du budget, avait annoncé 130 Md€ quelques jours plus tôt dans une déclaration  reprise par « Le Monde » du 24 septembre 2009.  Quel sera-t-il réellement ? Et le projet de loi de finances pour 2010 prévoit un déficit budgétaire de 110Md€ !

                    Le cumul des déficits de l’Etat à la même date. Le déficit cumulé  à fin 2008 était de l’ordre de 1300Md€. Il est estimé à au moins 1400Md à fin 2009,  (« Le Monde » du 24 septembre 2009). Eléments de comparaison: Le déficit cumulé des USA au cours des dix dernières années a été de l’ordre de 9000Md€. Le déficit du commerce extérieur français du 31/07/2008 au 31/07/2009 a été de 50Md€.

              Le budget de la Sécurité Sociale : Les chiffres concernant ce point et les deux suivants proviennent des deux documents, la loi de finances 2007-1786 du 19 décembre 2007 et la loi de financement de la Sécurité Sociale 2008 intégrant des prévisions pour 2009.Le total des dépenses, tous régimes, toutes branches était de 422Md€ pour 2008. prévu 437Md€ pour 2009,

                  Le total des dépenses, régime général seulement, était de 311Md€ pour 2008. Il était prévu 323Md€ pour 2009.                    

              Le total des dépenses, branche maladie du régime général, était de 152Md€ pour 2008. Il était prévu 162Md€ pour 2009.

          Le déficit de la Sécurité Sociale, toutes branches (maladie, retraite, allocations familiales), tous régimes (général, indépendants, paysans...),  était de 9,1Md€ pour 2008. On prévoyait  9Md€ pour 2009. Le déficit annuel était avant la crise, sur la voie de la décroissance,  12,6Md€ en 2003 puis légèrement supérieur, 14 Md€ en 2004 et 2005. 

              Le déficit de la branche maladie du Régime Général,  était de 4,6 Md€ pour 2008. On avait prévu 4,2 Md€ pour 2009. Compte-tenu du surgissement de la crise et de la réduction des recettes qui en résulte, on estime maintenant que le déficit, toutes branches, tous régimes, pour 2009, serait plutôt de l’ordre de 20Md€ et celui du Régime Général de 10Md€. Pour  2010, il pourrait atteindre  30Md€. 

               Les déficits cumulés de la Sécurité Sociale:  Les déficits annuels de la Sécurité Sociale sont portés au Compte d'une caisse créée pour gérer la dette sociale (CADES). L'examen de ses comptes à fin décembre 2008 met en évidence une dette de 80070Md€. Cette caisse est alimentée par la CRDS qui a rapporté, en 2008, 6059Md€ dont 3403 ont servi à payer l'intérêt de la dette, c'est à dire l'intérêt des emprunts couverts pour amortir la dette. Si on ajoute, pour 2009, un supplément de dette de 20Md€ environ, on peut considérer que la dette cumulée, à fin 2009, serait de l'ordre de 100Md€.

                Commentaires: On se souviendra d'abord que les chiffres, à fin 2009, sont des extrapolations, dans une situation mouvante, comme le montre l'écart entre la prévision de déficit du budget de l'Etat annoncée par la ministre du budget, puis par le Premier ministre, quelques jours plus tard. Comme l'a expliqué à plusieurs reprises Bernard Maris, les économistes se trompent toujours dans leurs prévisions et passent une bonne partie de leur temps à se justifier de leurs erreurs. On doit donc prendre ces chiffres comme des ordres de grandeur et non comme des valeurs comptables.

On remarquera  que, à fin 2009,

                   le rapport des budgets Sécurité Sociale/ Etat serait de l'ordre de 1,26. le budget de la Sécurité Sociale est supérieur à celui de l'Etat.

                  Le rapport des dettes Sécurité Sociale/Etat serait de l'ordre de 0,14. Les dettes de la Sécurité Sociale sont sept fois inférieures aux dettes de l'Etat.

                  Le rapport des dettes cumulées Sécurité Sociale/Etat serait de l'ordre de 0,07. Les dettes cumulées de l'Etat sont très supérieures à celles de la Sécurité Sociale.

2-      Les mécanismes de financement de la Sécurité Sociale, un modèle en évolution.

La Sécurité Sociale a été créée sur la base des idées de lord Beveridge reprises, à la Libération, par le Conseil National de la Résistance. Denis Kessler, ex numéro 2 du MEDEF déclarait en 2008: « Adieu 1945. Raccrochons notre pays au monde. Le modèle français est le pur produit du Conseil National de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer et le gouvernement s'y emploie ».

A l'origine et jusqu'en 1980, les cotisations, salariés et employeurs, représentaient 97% des ressources. En 2000, Elles ne représentaient plus que 67% en 2000et 59% en 2006. A l'origine, la cotisation concrétisait un droit à protection sociale dans un système en équilibre, par définition. A tout droit nouveau devait correspondre une ressource nouvelle sous forme d'augmentation de cotisations, lesquelles alourdissaient les charges salariales au détriment des coûts de production. En 1991, la création de la CGS par le gouvernement Rocard palliait une partie  de cet effet contre-productif en fiscalisant, de fait, une partie des cotisations. Par la suite, les divers gouvernements, de droite et de gauche, allaient utiliser les réductions et exonérations de charges sociales pour améliorer la compétitivité des entreprises et, donc, limiter l'extension du chômage. On allait progressivement constater que l'Etat privait d'une partie de ses ressources traditionnelles la Sécurité Sociales et s'efforçait de compenser cette perte de ressources par l'attribution de ressources fiscales. A fin 2007, les ressources apportées par l' Etat s'élevaient à 25110 Md€ mais 2692Md€ d'exonérations restaient non compensées. D'où un creusement systématique du déficit par un Etat qui détournait la Sécurité Sociale de ses objectifs traditionnels pour s'en servir comme outil d'animation de la vie économique. D'où la disparition de fait de la cloison étanche qui sépara pendant 35 ans les finances de l'Etat de celles de la Sécurité Sociale. D'où l'apparition de cet important déficit cumulé, néanmoins faible par rapport à celui de l'Etat, que l'on impute maintenant au système dit de répartition et aux assurés et dont on se sert pour justifier une privatisation réputée inéluctable.

Comment se répartissent les coûts de la santé ? Si l'on en croit la loi de financement de la SS pour 2008, les dépenses de santé étaient supportées, en 2006, pour 74%, par l'assurance maladie, pour 12,8% par les assurances complémentaires (dont les Mutuelles), pour 6,79 par les ménages. Mais ce pourcentage, apparemment peu élevé, ne tient pas compte des dépassements anormaux d'honoraires ni des médicaments non remboursés, ni des appareillages dentaires peu remboursés....Par ailleurs, si au lieu de s'exprimer en pourcentage à la charge des ménages, on s'exprimait en euros, alors l'augmentation des charges pesant sur les ménages est plus évidente car  les coûts augmentent rapidement en volume, même si les pourcentages paraissent stables. Cette remarques illustre la façon dont les coûts de la santé sont discrètement et progressivement reportés sur les assurés lorsqu'ils ont recours aux médecins de ville ne relevant pas  du secteur 1  ou aux cliniques privées.

Le rapport de la Cour des comptes montre que, si dans les hôpitaux publics, l 'assuré supporte 1,9% de la facture,  il en supporte 5,54% dans les cliniques privées. Sans commentaire.

3- Comprendre le mécanisme des paiements à partir de cas simples:

A partir de deux exemples simples, on montrera comment les responsables politiques peuvent faire face à une augmentation des coûts.

Exemple 1: Un assuré social  suivant un parcours de soins (avec médecin référent)  consulte deux fois dans le mois un médecin du secteur 1 qui lui prescrit 56€ de médicaments, en 6 boites.  Il  dispose d'une mutuelle complémentaire qui rembourse sur la base 200%, c'est à dire sur la base de deux fois le tarif conventionnel. Il paie ses cotisations à la mutuelle mensuellement (80€/mois). Combien lui aura coûté sa couverture sociale au cours du mois ?

           Consultations: 2 x 22€ ( tarif conventionnel), soit 44€. La sécurité sociale rembourse 70%, soit 30,80€ diminués de 1€ par consultation, soit, total remboursé, 28,80€. La mutuelle remboursera 30% soit 2 x 22€ x 30% = 13,20€

              Médicaments: les taux de prise en charge sont les mêmes. La Sécurité Sociale  rembourse 70% (pour les médicaments remboursables), soit 56 x 70% = 39,20€. mais elle retiendra la franchise sur les boites, soit 0,50€ x 6 = 3 euros et remboursera finalement  36,20€. La mutuelle remboursera 56€ x  30% = 16,80€

                   Total remboursement SS: 28,80 + 36,20 = 65€

                                                mutuelle: 13,20 + 16,80 = 30€

                  A le charge de l'assuré         100 – 65 – 30 =   5€

Si la Mutuelle coûte 80€/mois, moyenne des coûts de trois complémentaires privées, le coût, pour l'assuré, et pour ce mois-là,  de sa protection sociale sera de 85€.

 Exemple 2: le même assuré consulte dans les mêmes conditions un médecin du secteur 2 qui lui demande 50€ par consultation. La prescription de médicaments ne change pas.  Les deux consultations lui couteront 100€. la Sécurité Sociale le remboursera sur la base du tarif conventionnel, soit 70% x 2 x 22€/consultation = 30,80€, diminué de 1€ par consultation = 28,80€. La mutuelle le remboursera dans la limite de deux fois le tarif conventionnel (garantie 200%), soit (30% x 44) + 44) = 13,20 + 44 = 57,20€.

Le total de ses remboursements sera de 28,20€ + 57€, soit 85,20€.  Resteront à la charge de l'assuré, 14,80€.

Exemple 3: Si pour les mêmes coûts que précédemment, l'assuré est en ALD (affection de longue durée), s'il consulte des médecins travaillant aux tarifs conventionnels et s'il possède une bonne assurance complémentaire ou mutuelle, Il ne paiera rien. Il existe en France près de 8 millions de personnes en ALD. C'est bien de ces gens là que Sarkozy voudrait à terme débarrasser l'assurance maladie pour confier, aux mutuelles, dit-il, mais aussi aux sociétés d'assurances, le soin de couvrir les gros risques. Une mine d'or pour les mutuelles et sociétés d'assurances

PROBLEME,

Supposons que pour des raisons diverses, le coût des prestations augmentent, quelles décisions pourrait prendre le pouvoir politique pour assurer de nouveaux financement sans que le coût restant à la charge de l'assuré ne change?    Dans l'exemple qui précède, on pose la question de savoir  comment financer une augmentation de coûts portant la facture totale de 100 à 120€.

                    Solution 1: Augmenter les cotisations sur salaires payées par l'assuré et l'employeur. Solution classique dans le cadre des principes de base du système français. Il y a augmentation des coûts salariaux mais le problème est réglé dans le cadre de la solidarité nationale.

                          Solution 2: La Cour des Comptes a constaté que près de 40% des ressources de la Sécurité Sociale sont fournis par l'impôt.  Augmenter  la fiscalité peut répondre au problème posé sans que l'assuré ne constate de différence dans ses remboursements. Mais on sait que la position actuelle du gouvernement est la non augmentation de la pression fiscale.

                           Solution 3: Le gouvernement peut décider, comme il l'a fait dans le cas des franchises sur les produits pharmaceutiques, que la Sécurité Sociale ne remboursera plus aux taux actuels. Le taux de remboursement pourrait diminuer de 10% (de 70 à 65%), les mutuelles (assurances) augmentant leurs propres remboursements. Elles accepteront mais procèderont à des augmentations de cotisations. L'assuré aura l'impression qu'il est toujours aussi bien remboursé. En fait les mutuelles et assurances augmenteront les  cotisations pour assurer des remboursements à des taux plus élevés auxquels s'ajouteront leurs frais de gestion. La Cour des Comptes a constaté que le coût de gestion des assurances complémentaires et mutuelles allaient de 24 à 28% du montant des prestations servies en 2007, alors qu'il n'est que de l'ordre de 5% dans le cas de l'assurance maladie.

                        Cet écart, de l'ordre de 20% est financé entièrement par les assurés au moment où ils paient leurs cotisations. Il correspondra au paiement de frais généraux beaucoup plus élevés que dans l'assurance maladie, à la constitution et au maintien de fonds propres que l'assurance maladie, fonctionnant par répartition, n'a pas à constituer puisqu'elle travaille chaque jour avec les cotisations reçues dans le même temps. Ces 20% servent enfin à servir des dividendes aux actionnaires. De ce point de vue, confier aux assurances et mutuelles le soin de prendre en charge les ALD, c'est permettre à des actionnaires et à des gestionnaires privés de prendre aux assurés 20% du montant des sommes nécessaires pour assurer le traitement,  particulièrement  lourd, de 8 millions de français. On comprend que Sarkozy ait été particulièrement bien reçu au 39ième congrès de la Mutualité Française. On se reportera à RPC47 pour retrouver les déclarations des participants à ce congrès.

Quelles conclusions ? Quand on veut tuer son chien, dit le proverbe, on l'accuse d'avoir la rage. C'est, d'après moi, la mécanique à l'oeuvre dans l'usage que font les libéraux du déficit de la Sécurité Sociale. On passe sans commentaires sur la faiblesse du déficit de l'assurance maladie. On oublie la façon dont les gouvernements successifs, au cours de ces dernières années, ont privé la Sécurité Sociale d'une partie de ses ressources, lesquelles ont subi, sur les cotisations sociales, l'impact de la crise. Sachant  par ailleurs, qu'une grande partie des ressources proviennent de la fiscalité, on ne peut reprocher quoi que ce soit au Régime Général et en tout cas pas son déficit. On est ramené aux débats sur la limitation des impôts sur les hauts revenus, sur les réductions de cotisations liées à la loi TEPA, sur l'exonération de cotisations dont bénéficient les stocks-options dont il faut rappeler que la Cour des Comptes les évaluait à 3Md€ par an. Sur 10 ans, ce seul manque à gagner est supérieur au déficit total de la Sécurité Sociale.

On ne peut, pour comprendre les débats actuels sur le déficit de la Sécurité Sociale, que se référer aux propos de Monsieur Kessler. Il faut en finir avec ce système Gaullo-communiste, fondée  sur la Solidarité. Nous sommes dans une société libérale où la compétition et l'individualisme  sont les nouveaux maitres mots. Le marché, et donc la libre concurrence, doit prendre en charge l'évolution de la Sécurité Sociale. Voir à cet égard ce que deviennent les charges laissées à l'assuré dans les cliniques privées? Voir la tendance à la libéralisation  progressive des tarifs tandis que les bases de remboursement évoluent peu. Voir le passage de l'assurance maladie au secteur assurantiel, chaque fois que le gouvernement limite les remboursements par l'assurance maladie.

Sur un plan plus général, il y a lieu de s'interroger sur le devenir d'un système de protection sociale, construit dans une période où notre pays figurait dans les toutes premières puissances économiques. On ne peut nier que nous disposions peut-être d'un système coûtant plus que ce que l'on peut  maintenant payer, en tous les cas l'un des meilleurs. Des aménagements sont sans doute nécessaires. Plus, on devrait certainement redéfinir, de façon démocratique,  les objectifs et les grandes modalités de fonctionnement de la protection sociale sans laisser aux puissances financières qui dominent le marché le soin de le réformer malgré  nous. La Solidarité doit redevenir le fondement d'un système rénové. Qui le veut ? Le Parti Socialiste lui-même, on l'a déjà observé, s'est largement prêté à cette évolution « déviante ». La nomination toute récente d'un ancien ministre socialiste de la santé au poste de directeur de l'agence régionale de la santé d'Ile-de-France, que nous avions annoncée dans une précédente fiche,  consacre de façon particulièrement ostensible l'accord de fait entre les libéraux de droite et de gauche.

Au delà, la réflexion devrait porter sur la signification de ces déficits énormes actuellement constatés. Les USA assoient, pour l'instant, leur leadership sur des déficits beaucoup plus importants que les nôtres. Et cela ne  paraît gêner personne. Les banques ont largement profité du déficit. Elles ont l'air de se bien porter. En fait le déficit enrichit ceux qui disposent d'argent et peuvent acheter des bons du trésor par exemple. Il en ira de même du prochain grand emprunt. Et ces acheteurs sont précisément ceux qui voient leurs impôts limités ! Comment ne pas considérer de telles pratiques comme complètement immorales ?  Bernard Liger

Par Jean-Paul BOULAND
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Vendredi 2 octobre 2009

Dans « LA  CROIX »  du  2/10/09 SOUS la plume de Nathalie Birchem :

La Sécurité sociale plonge dans le rouge

NATHALIE BIRCHEM

Le gouvernement a présenté hier un budget de la Sécurité sociale en 2010 en déficit de 30 milliards d’euros. Il a confirmé la hausse du forfait hospitalier et le doublement de la taxation de l’intéressement

Cette fois-ci, le plongeon est vertigineux. Après un trou déjà historique de 10,2 milliards d’euros en 2008, le déficit du régime général des salariés du privé de la Sécurité sociale atteindra 22,7 milliards d’euros à la fin 2009 et 30,6 milliards en 2010, un chiffre qui avoisine désormais 10 % des dépenses, toutes branches confondues. Selon le ministre du budget Éric Woerth, la crise, qui ampute les recettes «de 9 milliards d’euros par rapport à une année normale», expliquerait «75 % du déficit 2010 ». Du coup, l’année prochaine, les quatre branches dégringolent dans le rouge, l’assurance-maladie en tête (– 14,6 milliards en 2010), devant la branche vieillesse (– 10,7), puis la famille (– 4,4) et la branche accidents du travail-maladies professionnelles (– 0,8).

Face à l’ampleur de ces déficits, le gouvernement, qui n’envisage pas d’utiliser des leviers comme la hausse de la CSG (un point valant près de 10 milliards d’euros), semble démuni. Côté dépenses, il confirme le maintien de la majoration de durée d’assurance-vieillesse, qui restera la plupart du temps accordée aux mères, et renvoie à 2010 les décisions sur la retraite. C’est donc la branche maladie, la plus déficitaire, qui fera le plus d’efforts. Et cela, même si, pour une fois, les dépenses de santé sont quasi conformes au budget voté pour 2009, avec un dépassement limité à 300 millions d’euros. Pour 2010, le gouvernement prévoit une augmentation de 3 % du budget assurance-maladie, ce qui suppose, pour contrebalancer l’impact du vieillissement de la population sur les dépenses de santé, de faire 2,2 milliards d’euros d’économies.

Comme prévu, certains médicaments remboursés à 35 % le seront encore moins (15 %). Le contrôle des arrêts maladies sera accru, Éric Woerth annonçant la généralisation de l’expérimentation, lancée en 2008, de la « contre-visite » à l’initiative de l’employeur. Et le forfait hospitalier à la charge des patients passera bien de 16 € à 18 €, ce qui rapportera 180 millions d’euros. Quant à la fiscalisation des indemnités pour accidents du travail, elle ne se concrétisera, comme prévu, que si la majorité UMP dépose un amendement dans ce sens.

Côté recettes, les mesures ne rapporteront guère plus. La plus significative sera le doublement (de 2 à 4 %) du forfait social acquitté depuis l’an dernier sur l’intéressement, la participation et l’épargne salariale, ce qui générera 380 millions d’euros de recettes. Le doublement de la taxation des retraites chapeaux, consenties par les grandes entreprises à leurs dirigeants, sera, lui, plutôt symbolique, car il ne fera rentrer que 25 millions d’euros dans les caisses. Les plus-values réalisées lors de la cession des valeurs mobilières, autrement dit des actions et obligations, seront taxées dès le premier euro, soit 113 millions de recettes supplémentaires. Enfin, les contrats d’assurance-vie « multisupport », qui étaient exonérés en cas de succession, ne le seront plus (+ 273 millions). 

ET VOUS QU'EN PENSEZ-VOUS?

Par Jean-Paul BOULAND
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Jeudi 10 septembre 2009

A lire l’excellent dossier sur les systèmes de santé comparés

dans «  la Croix » du 08 09 2009

En voici de larges extraits pour ce blog, le mieux étant de se référer au journal lui-même:

http://journal-en-ligne.la-croix.com

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ÉDITORIAL

En miroir

Dominique Quinio

Plus qu’une coïncidence, c’est la rencontre logique de deux actualités. Aux États-Unis comme en France, le système de santé préoccupe gouvernants et gouvernés. Dans un curieux effet de miroir, les opposants à la réforme de Barack Obama redoutent une évolution à la française, sous-entendu « socialiste », étatique et de moindre efficacité. Et les Français, une dérive à l’américaine où beaucoup de citoyens se trouveraient sans protection sociale et renvoyés à une solution purement privée. La caricature ne rend pas justice aux subtilités des situations, mais elle illustre des aspirations finalement proches.

L’augmentation de la population, son vieillissement et le progrès médical qui fait appel à de nouvelles technologies renchérissent le coût de la santé. L’équilibre des comptes sociaux s’en trouve depuis de longues années menacé et la crise économique actuelle contribue à accroître les difficultés. Aux États-Unis, si les plus démunis et les personnes âgées bénéficient d’une couverture médicale, beaucoup d’Américains n’ont aucun filet social. En France, c’est le déremboursement de certains actes ou médicaments et l’instauration de franchises qui inquiètent, laissant craindre que de plus en plus de familles n’aient pas les moyens de se faire soigner ou de contracter des mutuelles complémentaires dont les tarifs risquent, du coup, d’augmenter.

La concomitance des deux actualités doit permettre de jeter un regard juste sur la valeur du système français et la nécessité de préserver ce qui devrait faire son essence : la solidarité et une égale qualité de soins. Pour le sauver, chacun doit cesser de défendre ses intérêts corporatistes ou des postures idéologiques : une réorganisation territoriale, la rigueur des comptes, un appel à la responsabilité des soignants et des patients, la chasse au « gaspillage » ne sont pas synonymes de baisse de qualité (on l’a vu avec la prescription des antibiotiques). C’est à ce prix collectif que l’on pourra remettre d’aplomb le système, afin que tous, bien portants et souffrants, jeunes et vieux, participent à son équilibre. Pour qu’au bout de la chaîne, le malade ne soit pas condamné à une double peine : sa pathologie et un coût des soins devenu insupportable.

 

 

 

 

 

Le défi des dépenses de santé en France et aux Etats-Unis

VINCENT DE FÉLIGONDE

La santé n’a pas de prix, mais elle a un coût. Et ce dernier fait à nouveau débat. Alors que Barack Obama doit descendre demain soir dans l’arène en s’adressant directement aux parlementaires américains pour les convaincre d’adopter son projet de réforme, qui doit aboutir à une baisse des coûts, la question du financement de la Sécurité sociale revient au cœur de l’actualité en France.

Face à l’augmentation du déficit, le gouvernement Fillon envisage d’augmenter de 25 % le forfait hospitalier. Après la période de crise financière aiguë, où la nécessité de réduction des déficits devait s’effacer devant l’impératif du soutien à l’activité, les comptables sont maintenant de retour.

Et il y a à faire. Les dépenses de santé ne cessent de croître dans les pays développés – et, heureusement, dans les pays en voie de développement. En cause, le vieillissement de la population, et l’augmentation des coûts des médicaments et des traitements.

Pour autant, certains économistes comme Claude Le Pen (lire page 5 et ci-après) font désormais valoir que la santé, secteur non délocalisable, pourrait être désormais économiquement vertueuse, en créant richesse et emplois.

 

 

Une augmentation du forfait hospitalier affecterait cinq millions de Français

Depuis sa création en 1983, ce forfait, destiné à participer aux frais d’hébergement à l’hôpital, n’a cessé d’être utilisé pour tenter de combler les déficits de l’assurance-maladie

C’était il y a tout juste un an, en septembre 2008. Interrogée par le Figaro sur une éventuelle hausse du forfait hospitalier, Roselyne Bachelot, ministre de la santé, s’était alors montrée catégorique. « Un principe guide le gouvernement : Éric Woerth (ministre du budget) et moi l’avons dit, aucun effort supplémentaire n’est prévu pour les assurés. » La dégradation des comptes de l’assurance-maladie a-t-elle incité le gouvernement à renier ses promesses ? En tout cas, il n’exclut plus désormais une hausse de ce forfait, versé pour chaque journée d’hospitalisation et non remboursé par la Sécurité sociale.

Le débat a été lancé ce week-end par Le Journal du dimanche, qui a fait état d’une note gouvernementale évoquant un passage du forfait de 16 à 20 € par jour, soit une hausse de 25 %. Durant la journée de dimanche, les ministres n’ont pas tous semblé sur la même longueur d’onde sur le sujet. Dans un premier temps, Xavier Darcos, ministre du travail, a indiqué que le gouvernement était « obligé » d’augmenter le forfait hospitalier pour « tenir l’objectif de dépenses de santé ». Dans la foulée, Roselyne Bachelot a estimé qu’il ne « serait pas illégitime qu’il y ait un rattrapage » sur ce forfait, tout en jugeant « très élevée » une augmentation de 25 %. Ensuite, plusieurs membres du gouvernement ont tenté de calmer le jeu, en affirmant qu’il ne s’agissait que d’une « piste de travail » n’ayant pas encore fait l’objet d’un arbitrage définitif. Reste que cette piste a quand même l’air d’être sérieusement à l’étude puisque hier matin, sur Europe 1, Éric Woerth a estimé qu’on « pouvait aller un peu plus loin » sur le prix du forfait.

Le forfait hospitalier correspond à la participation quotidienne du patient à ses frais d’hébergement pour toute hospitalisation supérieure à 24 heures. Il n’est pas pris en charge par l’assurance-maladie mais reste remboursé, dans la grande majorité des cas, par les mutuelles. Un certain nombre de personnes sont exonérées de son versement : il s’agit d’abord des femmes enceintes hospitalisées dans les quatre derniers mois de la grossesse, pour leur accouchement et dans les 12 jours qui suivent. L’hôpital ne réclame pas non plus le forfait pour un nouveau-né hospitalisé dans les 30 jours suivant sa naissance, ainsi que pour les hospitalisations dues à un accident du travail ou une maladie professionnelle. Enfin, l’exonération est accordée aux titulaires de la couverture maladie universelle (CMU), de l’aide médicale d’État (AME) ou d’une pension militaire.

En faisant passer le forfait hospitalier de 16 à 20 €, le gouvernement tablerait sur une recette de 320 millions d’euros supplémentaires.

C’est en 1983 que ce forfait a été créé à l’initiative de Pierre Bérégovoy, alors ministre des affaires sociale. À l’époque, son montant restait relativement symbolique, puisqu’il s’élevait à 20 francs (un peu moins de 3 €) par jour. Mais, dans les années suivantes, les différents gouvernements, de droite comme de gauche, ont pris l’habitude

 

 

ENTRETIEN

«Aujourd’hui la santé tire l’économie»

RECUEILLI PAR AUDE CARASCO

Pour Claude Le Pen, la santé n’est plus considérée comme un coût, mais comme un amortisseur des effets de la crise

La France s’alarme de l’accroissement du déficit de la branche maladie de la Sécurité sociale, au moment où les États-Unis cherchent à changer de système de santé en s’inspirant des modèles européens, et notamment français. Quel regard posez-vous sur la concomitance de ces actualités ?

CLAUDE LE PEN : Les Américains savent que leur système est inefficace et coûte cher. Cinquante millions de personnes n’ont aucune couverture. Les États-Unis sont le seul grand pays développé à ne pas avoir de système universel d’assurance-maladie. Ils sont à la recherche d’une solution.

Leur premier réflexe a été de se tourner vers le modèle anglais, facile à comprendre et à importer. La plupart des pays européens (Espagne, Portugal, Grèce…) qui voulaient créer de toutes pièces un système de santé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale l’ont adopté. Seulement, les Américains ont déjà leur propre système. Leur problématique est d’offrir, comme en France, une couverture médicale sans avoir à changer l’organisation des soins. Le modèle français les intéresse surtout parce qu’il est basé sur une telle séparation entre les financeurs et l’organisation des soins.

 Contrairement au système anglais ?

Oui. En Angleterre, le système de financement va de pair avec l’organisation des soins. Le système britannique repose sur l’idée d’une médecine gratuite pour tous payée par l’État, avec en contrepartie une certaine frugalité et de nombreuses contraintes : l’obligation d’aller chez le médecin traitant, les files d’attente, les systèmes longtemps vétustes – même si de gros progrès ont été faits depuis l’administration Blair. Alors qu’en France l’idée qui a présidé à la création de la Sécurité sociale était de résorber les inégalités sociales par le haut, afin que les pauvres aient accès aux mêmes soins que les riches.

Les Américains ne partagent pas cette philosophie…

Il est hors de question pour eux de créer une Sécurité sociale. Les États-Unis devraient plutôt s’acheminer vers une aide financière pour aider les Américains à acquérir les assurances privées de leur choix, un peu comme la France le fait pour les couvertures complémentaires de santé.

 Quel est aujourd’hui le meilleur système de santé du monde ?

Il n’existe pas de modèle idéal. Le système de santé français reste, avec ses défauts, une référence au niveau mondial.

Ce système français n’est pourtant pas la panacée, puisque le déficit de la branche santé de la Sécurité sociale ne cesse d’augmenter…

Depuis le début des années 2000, le déficit est devenu habituel en grande partie parce qu’il n’y a pas eu de hausse des prélèvements obligatoires pour financer les besoins croissants d’une population vieillissante. Mais le classement international établi par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de 2000 classait la France en tête des systèmes de santé. Si on refaisait ce classement aujourd’hui, elle resterait bien classée. Dans chacun des trois critères retenus (la qualité de la santé, son coût et l’équité), elle obtient une bonne moyenne, sans être la meilleure dans aucun.

Observez-vous des tendances dans les tentatives de réforme des systèmes de santé, notamment en termes de partenariat public-privé ?

Oui, c’est le phénomène qui se développe. Et il est encouragé par les organisations internationales comme l’OMS. Dans les faits, c’est assez compliqué. Prenons l’exemple de la France, où l’offre est très privée et la dépense, socialisée. Les médecins sont privés. On y recense le plus grand parc de cliniques privées de toute l’Europe. Les assurances privées paient 13 % des dépenses totales de santé. Cette organisation fait à la fois notre force et notre faiblesse : quand vous socialisez une dépense privée, la dépense a tendance à augmenter très vite.

 La crise a massivement aggravé les déficits publics. Les pays développés ont-ils encore les moyens de soigner, à qualité constante, l’ensemble de leur population ?

Oui. Non seulement les pays développés en ont les moyens, mais les pays en développement vont le faire aussi. La crise économique crée en effet des tensions sur le financement, mais le progrès et l’aspiration des populations dans ce domaine sont plus forts. Après un an de crise, je n’observe pas dans les pays européens une seule remise en cause forte des programmes de santé. Même s’il y a des recherches d’économies, d’efficience ou de partenariat public privé.

Je constate même l’inverse. En Angleterre, qui était le système le plus frugal, des pressions fortes s’exercent pour que le système finance des médicaments plus coûteux. La Chine et d’autres pays veulent adopter des systèmes de santé. En France, le Parlement a voté une croissance des dépenses de santé de + 3,2 % pour cette année, alors que les prévisions de croissance étaient négatives.

Certains pays ont-ils profité de leurs plans de croissance pour financer le secteur de la santé ?

Oui, beaucoup de plans de relance ont alloué une partie des ressources pour financer de nouvelles technologies médicales. Aux États-Unis, la santé a été une des toutes premières bénéficiaires des technologies nouvelles financées par les plans de relance. La santé tire aujourd’hui l’économie. Elle représente jusqu’à 10 % du PIB. Elle distribue les revenus. Elle concentre beaucoup d’emplois, qui sont de surcroît peu délocalisables.

La santé est devenue économiquement vertueuse, alors qu’elle a longtemps été perçue comme un trou dans les finances publiques. Aujourd’hui, la plupart des pays reconnaissent que ce secteur a contribué à modérer les conséquences néfastes de la crise.

Claude Le Pen, professeur d’économie de la santé à l’université Paris-Dauphine

Par Jean-Paul BOULAND
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Mercredi 26 août 2009

Impressions de lecture - JJ Darties

L’intérêt porté aux questions de protection sociale des ministres des cultes m’a conduit à lire le livre récent de Jean Doussal : «Eglise de France, qu’as – tu fait de la Caisse des cultes ? »


Le titre et le logo (Clocher sur caisse enregistreuse) me laissait penser que j’aurai entre les mains un pamphlet de plus sur les multiples aberrations et dysfonctionnements de la CAMIVAC émanant d’un homme issu de la banque (la caisse enregistreuse) et laïc engagé dans l’Eglise catholique (le clocher)

Une lecture rapide a immédiatement mis à mal comme préjugé ma première appréhension. J’avais certes entre les mains un livre militant, mais plus que cela. Ce que ma confirmé un retour ultérieur sur chacun des chapitres.


Ce livre fonctionne selon trois registres qui, du fait qu’ils interfèrent constamment dans la description historique de ce régime social, confèrent à cet ouvrage un intérêt certain et en font quelque part une contribution à laquelle il est opportun de se référer.

- Un registre de documentation et d’information sur l’histoire récente du régime de protection sociale des ministres des cultes, tout d’abord : De nombreux textes sont cités sur les prises de positions des partenaires de ce régime au cours de ces dernières années. La confrontation de ces textes permet de mieux comprendre les logiques qui ont conditionné la mise en place de telle ou telle disposition réglementaire, de telle ou telle décision. A la lecture de ce livre on comprend mieux ce régime qui au premier abord se révèle opaque, peu transparent, complexe ;

- Un registre de positionnement des problèmes évoqués dans le double contexte juridique des obligations contractuelles des autorités cultuelles(de part leur droit interne même) à l’égard des ministres de cultes, membres de congrégations ou de collectivités religieuses d’une part, des conséquences du fait que la République est une, indivisible et laïque quant à la juste articulation de ce que Jean Doussal nomme « l’ordre ecclésiastique et l’ordre public ». Il y a de ce point de vue, même si l’on aurait souhaité un approfondissement théorique et juridique, une utile contribution au débat sur les conséquences de l’évolution du paysage cultuel français sur la conception d’une laïcité à la française moderne ;

- Un registre du militant chrétien soucieux que son Eglise ne soit plus à l’égard de ses ministres ou membres de congrégations ou de collectivités religieuses (partis ou restés) en contradiction avec la doctrine qu’elle prêche pour autrui et continue de produire « des victimes du culte ». Ses interpellations, issues de sa pratique d’administrateur de la CAVIMAC, de son expérience d’administrateur URSAFF et de conseiller prud’hommes, devraient, à la veille des évolutions structurelles que sont appelées à connaître les Régimes de protection sociale, trouver leur place dans l’évaluation de ses pratiques et le retour sur soi que ne doit pas manque d’opérer une Caisse des cultes, certes jeune (elle n’ a que trente ans) mais toujours tellement ridée par des solutions à minima, des renoncements aux grands principes face à la dureté des contraintes financières, des relents de comportements de type communautariste.


Un livre donc à lire :


Il est le témoignage d’un militant qui a dû parfois seul porter le poids de ses convictions et de ses nombreux mandats ;


Il est une contribution, à savoir utiliser, pour conforter, sinon ré-ancrer, dans la Caisse des cultes l’esprit des valeurs républicaines, celles des grands principes de liberté, d’égalité et de fraternité.

Par Jean-Paul BOULAND - Publié dans : apsecc - Communauté : APSECC
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